Fédéral
Juillet 2010   

Interview : Jean-Luc Placet, Président du GSSEC

Avec - 7 % de croissance en France, selon les chiffres que Syntec Conseil en Management vient de présenter, le conseil s'inscrirait pour 2009 dans un repli historique, si l'on tient compte de sa croissance soutenue jusque là de 6 % en 2008 et 14 % en 2007, et si l'on se souvient que lors de son dernier fléchissement en 2002 le conseil n'était descendu temporairement qu'à - 4% (cf interview 2003). Jean-Luc Placet qui après 3 mandats quitte la présidence de Syntec-CM pour prendre celle du GSSEC dresse pour nous un point qualitatif sur la situation et nous dévoile ses ambitions pour l'avenir du groupement de syndicats professionnels qu'il préside désormais
JLP
Présentation de l'Etude 2009 de Syntec Conseil en Management à la Maison des Arts et Métiers le 2 juin  2010

Jean-Luc Placet, P-dg du cabinet IDRH et Président en titre de Syntec Conseil en Management jusqu'en juillet 2010, vient d'être élu Président du GSSEC, le groupement des syndicats d'études et de conseil de la fédération Syntec. Il succède ainsi à Jean-Pierre Gaucher, DG adjoint de IRI France et ancien Président de Syntec Etudes Marketing et Opinion. Avec cette accession à la tête du GSSEC, Jean-Luc Placet présidera aux destinés d'un ensemble regroupant 350 cabinets répartis entre 5 syndicats : SYNTEC Conseil en Management, SYNTEC Etudes Marketing et Opinion, SYNTEC Conseil en Recrutement, SYNTEC Conseil en Relations Publiques et SYNTEC Conseil en Evolution Professionnelle.


Jean-Luc Placet vous étiez le Président de Syntec Conseil en Management depuis l'été 2004. Avant d'aborder vos nouvelles fonctions à la présidence du GSSEC, que retenez vous de vos 3 mandats successifs à la tête de Syntec Conseil en Management ?  Votre bilan, votre point de vue sur le métier…

Jean-Luc Placet : Le conseil a littéralement explosé en 10 ans sur le plan quantitatif. On est beaucoup plus nombreux qu'en l'an 2000 et je ne compare même pas avec les années 90. Mais ce monde s'est mué. Avant c'était une activité " individualisée ", au sens noble du terme, du "sur mesure", alors que c'est devenu aussi une "commodité". La crise du conseil que l'on connaît aujourd'hui, indépendamment de la crise économique, est due à ce mélange propre qui confond le répétitif et l'exceptionnel. Le conseil doit rester centré sur l'exceptionnel ! Ensuite je retiendrai l'aspect sociétal. II est au cœur des problèmes  des hommes dans la cité. C'est de plus en plus le cas, comme on le voit bien, Pierre Nanterme et moi-même, depuis 6 ans à travers notre action au MEDEF : le conseil participe de plus en plus à l'émission d'idées. Donc j'ai essayé d'encrer ce rôle de " grand partenaire ".  Et c'est un peu ça le bilan de ces années.


Le développement naturel des grandes sociétés de conseil internationales et l'apparition d'un conseil de commodité ont-ils modifié la façon dont fonctionnent les syndicats. Peut-on se comparez à ce qui se fait ailleurs ?

Jean-Luc Placet : Les grands groupes internationaux vivent à côté des syndicats nationaux et c'est une donne dont il faut absolument tenir compte. Chez nous, à Syntec Conseil en Management,  nous sommes une exception car il y a toutes les entreprises de conseil, il y a de tout, mais ce n'est pas le cas de MCA [au Royaume Uni] et de la BDU [en Allemagne]. Donc les syndicats ont besoin de grandir qualitativement jusqu'à pouvoir se déterminer des missions et jouer un rôle plus important dans le débat.


Cette appréciation vaut-elle pour la FEACO, fédération européenne que vous avez présidée de 2007 à 2008 ?

Jean-Luc Placet : Tant qu'on n'aura pas un syndicat anglais fort, un syndicat allemand fort, un syndicat italien fort, on ne pourra pas jouer un rôle dans le débat [au niveau européen], alors même que nous sommes bien une des clefs de la sortie de crise économique.


Alors, justement, si le conseil est une clef de sortie de crise, il doit pouvoir lui-même s'éviter les inconvénients de sa propre évolution et les conséquences qui en découlent pendant cette crise, à savoir par exemple éviter le recours aux évaluations par les " Services Achats ", qui sont devenus systématiques et qui font débat au Syntec depuis quelques années. Qu'en pensez-vous ?

Jean-Luc Placet : Vous avez raison. Mais ce n'est que lorsque le conseil devient " comparable " et n'est plus l' " exception ", qu'il est évalué par les "Achats",  qui ont besoin de fixer un prix comparatif et qui tirent fatalement à la baisse, ce qui si l'on n'y prend pas garde conduit à des baisses de salaires et donc de standard. Donc, si on continue dans ce sens, le prix du conseil devient incompressible. En 10 ans le recours aux "Achats" a été systématique parce que nous devenions un produit "comparable". Il y a encore des domaines qui leur échappent, 30 à 40 % qui est négocié de gré à gré mais pour 60% des contrats, disons pour ceux qui vont de 10 à 50 millions d'Euros, la refonte des SI par exemple, les acheteurs sont aux réunions aux côtés de leur direction générale.  


Si l'on ne peut revenir immédiatement vers l'exceptionnalité de l'offre, que vous semblez appeler de vos voeux, la stratégie doit-elle consister à ne pas prendre les missions, quitte à réduire temporairement la taille des équipes ?

Jean-Luc Placet : Cela se produit tous les jours ! On le voit bien avec le secteur public. Il y a beaucoup d'activités dans la fonction publique, les collectivités locales, mais la question du prix reste majeure et si le public baisse trop ses prix, il n'aura plus de conseil de qualité.


Donc, définitivement revenir vers un conseil qui ne soit pas une commodité. Cela ne va pas être immédiat si l'on tient compte de la forte demande en conseil " opérationnel ". Est-ce que les paiements sur résultats ne pourraient pas être un moyen de pousser les standards vers le haut ?

Jean-Luc Placet : Les Success Fees… Il y a du "pour", mais ça peut-être du "pousse au crime",  car on le voit bien sur des missions de réduction de coût rapides, cela conduit immanquablement à des catastrophes.


Donc pour certains, sans véritable réalignement stratégique, la situation devrait être encore difficile pour quelque temps. Comment est la situation actuellement dans l'aval des chiffres 2009 que vous venez de présenter ?

Jean-Luc Placet : On est maintenant sur un plateau. Après le - 7% de 2009 on table pour 2010 sur "  disons entre  + 1 et + 3% ". Tous les cabinets ont connu un bon premier trimestre mais une baisse au second et sont incertains pour le troisième. On a peu de visibilité.  Ces 4 - 5 dernières années on avait une visibilité de 6 mois. Maintenant on est à  1 ou 2 mois. 


Si l'on devait retenir vos conseils pour la profession quels seraient-ils ?

Jean-Luc Placet : Il existe une segmentation dans laquelle il y a des offres comparables et des offres incomparables. A chacun de se déterminer. Ensuite il y a certainement à évaluer l'intérêt d'une alliance Stratégie - RH. Je dirai d'un retour de l'alliance Stratégie - RH. Personne ne se pose plus la question du lien entre compétitivité et hommes. Or aujourd'hui on ne fait plus de RH uniquement à partir de systèmes comme il y a 10 ans. Donc il existe un véritable avenir au conseil, car il y a peu de grands groupes qui n'y fasse pas appel, mais ce n'est plus la force qui compte demain mais la pertinence. Donc clairement on a un avenir si l'on peut aider à développer les entreprises sur des expertises pointues " et " des performances collectives.  On doit être saltimbanques et géomètres.


Pour conclure Jean-Luc Placet peut-on faire une courte liste des actions entreprises au cours de vos 3 mandats dont vous êtes le plus satisfait ? Et peut-on esquisser ce que seront vos objectifs initiaux pour votre présidence du GSSEC ?

Jean-Luc Placet : je retiendrai l'augmentation du nombre de membres de Syntec CM, l'entrée de certaines spécialités… Pour ce qui est de ma prise de fonction au GSSEC je vais insister sur le rôle sociétal, le recrutement, les études... Le GSSEC c'est le regroupement de 5 syndicats représentant 150000 salariés, 12 à 13 Milliards d'Euros de CA. Quel rôle peuvent-ils jouer au niveau sociétal ? Quel impact dans les domaines du social et de l'économie ? Ils sont une puissance. Il va falloir les fédérer. Je veux faire monter en puissance ces acteurs divers et très complémentaires.


Propos recueillis par Bertrand Villeret
Rédacteur en chef
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Images :
B. Villeret, Quantorg 2010

Whoswoo :
Jean-Luc Placet

Pour info :
www.syntec-management.com/



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