Fédéral
Juillet 2010   

Interview : Hervé Baculard,
Président de Syntec Conseil en Management
Succédant à Jean-Luc Placet, désormais à la tête du GSSEC, Hervé Baculard, ancien consultant du cabinet Bossard et Co-fondateur du cabinet Kea&Partners, prend aujourd’hui les rênes de Syntec Conseil en Management, syndicat professionnel regroupant en France 87 sociétés de conseil. Pour les lecteurs de ConsultingNewsLine, il fait le point sur la profession à un moment qui n’est pas des plus simples, puisqu’à la fois la profession est touchée par la crise économique mais qu'elle apparaît aussi comme l’une des solutions à cette crise.  Il nous précise à cette occasion certains axes de ce que devrait être son action à la tête du syndicat de la rue Bonnat

Hervé Baculard, vous êtes le nouveau Président de Syntec Conseil en Management. Quelle est votre première impression à l’issue de l’Assemblée Générale au cours de laquelle vous avez accédé à la présidence ?

Hervé Baculard : Je pense que cette Assemblée Générale a permis de voir qu’après une année 2009 difficile, il existait une vraie dynamique parmi les adhérents pour agir collectivement et de manière plus volontaire. C’est ce qui a donné le ton  de cette Assemblée et c’est dans cette perspective que je m’inscris.


Le moment est en effet difficile pour la profession qui publie dans quelques jours ses chiffres et dont on sait déjà qu’ils sont en retrait par rapport à l’an dernier. Alors que chaque cabinet est plutôt tourné pour le moment vers ses propres clients, peut-on dire pour autant que les conditions de l’unité de la profession sont réunies ?
 
Hervé Baculard : Jean-Luc Placet qui m’a précédé a fait un gros travail pour réunir la profession. Nos rangs ont été renforcés ces dernières années. Ainsi je suis heureux d’accueillir aujourd’hui de nouveaux administrateurs comme Olivier Marchal de Bain & Company. C’est la première fois qu’un grand cabinet en stratégie s’ajoute à l’assemblée de nos adhérents et contribue à fédérer cette profession. Ensuite, nous pouvons attester de tout un historique de travaux menés  en commissions sur différents axes et dont on peut percevoir les résultats : le Web JT du Management en est un exemple ; on y réunit des dirigeants, des chercheurs, des sociologues sur des questions d’innovation managériale. Nous avons aussi organisé le 2ème Prix de la Recherche en Management  avec  Xavier Hochet de Capgemini Consulting afin de renforcer le lien avec le milieu académique. Enfin Christian Nibourel d’Accenture, le 3ème Vice-président de la nouvelle équipe aux côtés d’Olivier Marchal et de Xavier Hochet, va s’attacher à développer l’aspect social de notre profession qui est l’un des premiers recruteurs en France. On  peut donc dire que notre profession se regroupe et a fait preuve de nombreuses initiatives alors même qu’elle démontrait une bonne résilience à travers la crise de 2008-2009.


Une grande résilience en effet si l’on tient compte du fait que le ralentissement de la croissance économique en 2008 laissait augurer une baisse d’environ 14 % pour le marché du conseil sur le dernier trimestre 2008. Qu’en est-il pour 2009?

Hervé Baculard : Nous avons indiqué à nos membres, et ces chiffres correspondent à ceux publiés dans notre dernière Etude annuelle parue début juillet, une baisse de 7% du CA pour 2009, ce qui, compte-tenu de la baisse de fin 2008, montre en effet un bon maintien pour notre profession. Nos effectifs ont seulement baissé de -3 %,  notre priorité ayant été de préserver notre capital humain.


Alors justement, vous nous avez indiqué vos initiatives concernant le capital humain, notamment vers les écoles, et vous avez rappelé cette notion de valeur ajoutée dont on comprend qu’elle participe à la valeur du conseil et donc à son coût pour le client. Est-ce qu’aujourd’hui les  "Directions des Achats" sont devenues incontournables ?

Hervé Baculard : Ce sujet requiert plusieurs niveaux de réponse. D’une part, toutes les entreprises aujourd’hui font des efforts de compétitivité, aussi est-il normal que les "Direction des Achats" intègrent le conseil dans leurs évaluations. Mais nous avons d’autre part une « utilité sociale », une valeur ajoutée pour  l’éco-système et nous devons donc partager notre point de vue sur ces aspects avec les divers partenaires, dont les donneurs d’ordre. Car lorsqu’on crée une équipe de conseil, on investit pour 5 à 10 ans alors que la visibilité opérationnelle n’est que de 3 à 6 mois aujourd’hui. Nous avons là un équilibre fragile et l’on doit envisager des règles du jeu en commun, qui préservent cet équilibre économique et la valeur ajoutée future pour nos clients. C’est ce que l’on essaie de faire à travers le Groupe Achats de Syntec : trouver un modèle économique viable, sur lequel conforter nos investissements à long terme.


De ce point de vue, comment le conseil français se situe-t-il par rapport au conseil international ?

Hervé Baculard : Tout d’abord le secteur du conseil en management en France est très vivant. Chaque année on crée des entreprises, avec un équilibre entre des grands acteurs, des acteurs de taille moyenne et d’autres de petites tailles. Cette situation est satisfaisante mais nous devons progresser ; en particulier, il convient de comprendre pourquoi, à PIB équivalent, la consommation de conseil est 1,5 fois supérieure en Allemagne. Nous allons lancer une mission d’étude pour comprendre la relation entre la dépense de conseil et son impact sur la compétitivité, qui fera l’objet d’un " Livre Blanc".


Nous abordons là les dispositions qui vont matérialiser votre action dans le futur. Avant de les passer en revue, et pour symétriser votre observation sur l’Allemagne, comment nous situons-nous par rapport au Royaume-Uni ? Observe-t-on un rapport identique à notre désavantage?
 
Hervé Baculard : En effet. Et il est tout aussi significatif. Mais le marché qui nous intéresse le plus c’est l’Allemagne, car nous souhaitons comprendre le lien entre la compétitivité du pays, la vitalité des entreprises allemandes dont le chiffre d’affaires se situe de 1 à 5 Milliards d’Euros et l’investissement en conseil. Donc si l’on observe une vivacité du conseil en France, le challenge aujourd’hui va être de créer les conditions d’un développement en volume et en valeur. Pour ce qui est du Royaume-Uni, nous essaierons de bien comprendre comment le secteur public atteint maintenant 34% du marché du conseil dans ce pays, contre 18% en France.


Pour clore sur le chapitre du "facteur 1,5", peut-on dire qu’au-delà d’une plus faible consommation de conseil par les entreprises françaises, nous aurions aussi plus de mal à défendre les prix, par une plus grande mise en concurrence des cabinets de conseil ?

Hervé Baculard : Non, la compétition est aussi forte en Allemagne ! En ce qui concerne le niveau de prix,  personne n’a jamais creusé ce point en profondeur, et je n’ai jamais trouvé un faisceau de réponses suffisamment robustes pour que l’on puisse se faire une opinion. Le comparatif avec l’Allemagne mérite donc toute notre attention.


Vous lancez une initiative nationale. Quelle est-elle ?

Hervé Baculard : Nous en avons déjà esquissé certains points, je vais les compléter. En septembre,  nous lancerons une démarche de type "Livre Blanc", lequel devra mettre en avant les enjeux majeurs qui se posent pour notre profession d’ici 2012. Je les résumerai de la façon suivante :

1) Quel dessein pour l’économie française en général ?
2) Quelle utilité économique et sociale pour les consultants en rapport à ce
    dessein ?
3) Quelles mesures pour renforcer notre profession eu égard à notre valeur
    ajoutée et à notre développement ?

Cela  devrait prendre 18 mois  pour le « mettre en musique », en interne et avec les parties prenantes externes.


Quelles vont être ces parties prenantes ? Y aura-t-il les postes économiques des Ambassades de France ? Ubi-France (ex CFCE), les Chambres de Commerce, le MEDEF, CGPME, etc..?

Hervé Baculard : C’est une initiative ouverte et j’y attache beaucoup d’importance. Il est encore un peu tôt pour préciser les partenaires. Déjà, je consulterai les membres de notre syndicat.  Avec le conseil d’administration, nous allons nous atteler à cette tâche.


Va-t-on aller vers une plus grande imbrication des travaux au niveau européen ?

Hervé Baculard : L’une des spécificités de Syntec Conseil en Management, c’est son nombre d’adhérents et le volume d’activité que représentent ces adhérents. Il y a peu d’équivalent en Europe ; nous allons  recréer un lien avec le BDU allemand qui est riche en nombre de  cabinets, situation liée à la régionalisation de l’Allemagne. Nous sommes en contact  avec d’autres fédérations sur des sujets comme la normalisation.


Alors justement cette norme mérite d’être mieux explicitée. Où en est-elle de ses travaux préparatoires ?
 
Hervé Baculard : La norme peut permettre de donner des règles à un marché mais elle doit permettre la créativité, l’innovation et la différenciation de chaque cabinet, éléments essentiels qui sont au bout du compte ce que les clients recherchent. Voilà donc un sujet important sur lequel nous allons être vigilants et proactifs. Pour l’instant, il n’existe pas de date pour la parution d’une norme mais un processus de consultation au niveau européen est en cours.


Quels sont pour vous les autres enjeux et les axes de développement nouveaux qui apparaissent à l’orée de votre mandat ?

Hervé Baculard : Trouver des partenariats avec d’autres organisations, avec les pays émergents, Maghreb, Brésil, Chine… Nous devons investir sur la création de valeur dans notre profession,  tisser les liens avec la recherche, développer notre éco-système. Jean-luc Placet et son équipe ont fait un travail remarquable. Il va falloir capitaliser là-dessus.

Peut-on s’attendre à un nouveau "sommet du conseil européen" comme fin 2008 à la CCI de Paris ? Un sommet international en France, avec toute la dimension télévisuelle qui pourrait y être liée grâce à l’Internet ?

Hervé Baculard : En 2012, on devrait avoir l’occasion de se réunir à travers la parution du  "Livre Blanc". Il se peut qu’il y ait beaucoup de choses à traiter : les résultats de l’étude, le point de vue des clients, l’essor du Web JT comme porte-parole des questions de mangement en France… Notons qu’il ne s’agit pas d’un investissement d’image, mais de pouvoir montrer notre capacité d’invention, de créativité et surtout notre capacité à diffuser ces idées. Notre priorité, c’est de montrer une vision positive sur les transformations que doivent mener les entreprises. C’est un beau challenge !


Dernier  aspect qui a été pointé du doigt au cours de la crise actuelle, l’apparition de pays émergents et son corollaire : les délocalisations. Allez-vous lancé une réflexion sur ce sujet ? 

Hervé Baculard : Un des thèmes de notre prochaine chronique sur le Web JT sera : « Pourquoi les entreprises relocalisent » ? Ce type de décision est parfois pris trop rapidement avec une vision à court terme, d’où la nécessité d’un regard complet qui prenne en compte les différents paramètres : entreprise, salariés, environnement extérieur, etc. Le regard du consultant peut être utile dans ces moments clés.


En conclusion, Hervé Baculard, que peut-on retenir de ce que sera votre début de mandat ?

Hervé Baculard : Notre profession est légitime pour exprimer ses convictions et ses recommandations sur l’économie française, et s’inscrire dans une dynamique pour fédérer les énergies au service du redressement économique. Notre  vocation, c’est d’être une solution aux transformations économiques et sociales les plus importantes, d’améliorer la compétitivité des entreprises, mais on doit aussi prendre soin de développer une empreinte sociale et sociétale. Nous essaierons de créer le débat sur tous ces points et « d’ouvrir la voie ».


Propos recueillis par Bertrand Villeret
Rédacteur en chef
ConsultingNewsLine


Image :
Courtoisie Syntec / Agence Wellcom

Whoswoo :
Hervé Baculard

Pour info :
www.syntec-management.com/
http://www.webjtdumanagement.com



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